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REGISTRES D
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consultèrent ensemble de mettre ce royaulme en re­pos, mais il n'en fut riens accordé '3'; et la nuyt, led. sr de Genly se vint rendre à mons' de Guise qui le présenta au Roy, et le supplya de luy permettre qu'il retournast en sa maison sans faire tort à personne, ce qui luy fut accordé, à vingt cinq ou trente gen­tilzhommes qu'il avoict ramenez avecq luy du camp des huguenotz,lesquelz, après avoir sejourné quel­ques jours à Ia Court, se relira en sa maison en Pi-cardye '4'.
Et voyant par lesd, rebelles qu'ilz ne pouvoient riens obtenir à leur intencion, vindrent la nuict de­vers Paris pour cuyder surprandre les trenchées et les faulxbourgs, mais monsieur de Guise qui tous­jours veilloict, les feist bien reculler à grans coups de faulconneaulx '5'.
Mess™ les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de Paris alloient tous les jours au camp veoir
Mons' de Genly pratiqué.
Mons" le Connestable partit incontynant après disner pour aller trouver la Royne au boys de Vin-ciennes, pour aller ensemble trouver le prince de Condé qui les attendoict aud. Port à l'Anglois pour parlementer avecq eulx, et regarder les moyens de les accorder, mais ce fut en vain, car toutes les allées et venues qu'ilz feirent ensemble ne fut que autant de temps perdu, synon que l'on y praticqua Ie sr de Genly.
Le deuxiesme jour de Decembre mil cinq cens soixante deux, la Royne, acompaignée de mess" le prince de La Roche sur Yon, Connestable, mareschal de Montmorency et seigneur de Gonnor, se trouverent au moullindufauhbourg Sainct Marcel, distant dud. faulxbourg de quatre à cinq cens pas, auquel lieu vindrent le prince de Condé, acompaignéde messieurs l'Admirai, Genlys, Grandmont'1' et Esternay'2', et
(i) Le Registre porte de Gonnor, les Mémoires de Condé, t. IV, p. 146, qui mentionnent cette conférence en reproduisant à peu près dans les mêmes termes ce passage de notre relation, ne parlent point du sr de Gonnor, mais du sr de Grandmont.
C Jean Raguier, sr d'Esternay, fils de Louis Raguier et de Charlotte de Dinteville, se joignit l'un des premiers au prince de Condé et le suivit dans les trois guerres civiles. (Cf. Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 4g2, el France prolestante, article Raguier.)
(3) De Thou, dans son Histoire Universelle, t. I, p. 470, donne tous les détails de l'entrevue du 2 décembre et dit notamment que Claude de l'Aubespine mit par écrit les demandes du prince de Condé, qui insista surtout pour obtenir en faveur des protestants la liberté de tenir leurs assemblées de religion; la Reine emporta ces articles afin d'en conférer avec son conseil. Le 3 décembre, les s" de Gonnor et de l'Aubespine transmirent la réponse du Roi au prince de Condé, lequel, après mûr examen, renvoya de nouvelles propo­sitions : comme l'on refusait aux huguenots le droit de s'assembler dans les grandes villes et les villes frontières, leur chef demandait pour eux la faculté de se réunir dans les faubourgs, réclamant à cet égard une réponse immédiate, que les sieurs de Bouchavannes et d'Esternay reçurent mission de rapporter. Catherine de Médicis, après avoir pris l'avis du Conseil du Roi, fit ajouter aux articles le maintien de l'exception stipulée pour Paris, et dans une nouvelle conférence tenue le lendemain, arrêta les termes de l'accord à intervenir. Condé refusait d'étre amnistié, mais voulait que ses actes fussent avoués, exigeant en outre le licenciement des forces militaires de part et d'autre, tandis qne les chefs catholiques prétendaient que le Roi devait rester armé. Toute entente devenant impossible, Condé rompit les négociations. Le détail de ces pourparlers, et le texte des notes, mémoires et projets de traité se trouvent dans l'Histoire ecclésiastique de Th. de Bèze, t. U, p. 196-225, et dans les Mémoires de Condé, t. IV, p. 144-176. Le dimanche 6 décembre, le Connétable, M. de Guise et le maréchal de Saint-André sortirent de la porte Saint-Jacques et s'entretinrent avec M. de Genlis et quelques autres gentilshommes huguenots. D'après le Journal de l'année 1562, M. de la Curée vint par trois fois trouver la Reine et parler de la paix, et toutefois rien ne put être conclu. Une lettre du prince de Condé, en date du 9 décembre, attribue au duc de Guise une part considérable dans la rupture des négociations : la Reine, y est-il dit, "venant le dernier coup au molin pour parachever ce qui avoit esté le jour d'avant accorder, se rencontra avec le duc de Guise, lequel lui déclara que, si dans sa pensée elle avait l'intention -d'accorder et tenir les articles» qui lui avaient été présentés, il s'y opposerait; mais, croyait-il, elle n'agis­sait de la sorte que pour séparer leur armée, aussi la suppliait-il devant son Conseil "de ne tenir chose qu'elle leur promettrait-. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 445.)
W François de Hangest, sieur de Genlis, chevalier de l'Ordre, qui avait autrefois servi sous les ordres du duc de Guise, passa dans le camp des catholiques le 6 décembre, d'après le Journal de l'année 156a (p. 2o4), ou le 7, suivant les Mémoires du prince de Condé (p. 692). Les circonstances de sa défection sont rapportées par Michel de Castelnau dans ses Mémoires, t. I, p. 11g. Prétextant le rejet des propositions royales par le prince de Condé, il sortit, après souper, de son quartier avec M. d'Avaret et lui déclarant qu'il se proposait de se retirer chez lui, se dirigea du côté des lignes ennemies. En ce qui louche les vingt-cinq ou trente gentilshommes huguenots qui l'auraient suivi_danssa retraite, tes Mémoires du prince de Condé ne parlent que de tt quelques capitaines», sans préciser le nomhre, tandis que Vieilleville, dans ses Mémoires (p. 32i), dit que M. de Genlis, "accompaigné de cinquante bons hommes de cheval, lanciers et de combat-, vint se rendre entre ses mains.                                               '
(-) Brantôme, dans son Discours sur les couronnels, t. VI, p. 46, et dans son Discours d'aucunes retraittes de guerre, t. VII, p. 3oo, raconte cette attaque des tranchées devant Paris, qu'il appelle "une très belle escarmouche». M. de Genlis avec 1,5oo reîtres vint se jeter à l'improviste sur quelques compagnies de gendarmes, jointes à quelques arquebusiers, qui se trouvaient de garde vers les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques et qui se débandèrent. Le duc de Guise arriva en toute hâte et rétablit le combat; furieux de voir ses soldats fuir de côté et d'autre, il s'écria à deux reprises : Ah! gens d'armes de France, prenez la quenouille et laissez la lance!